Lisa Grand

Diplomée en Design Textile et Matière (2022)

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lisaaagrand@gmail.com

Ig: @_lisartichaut


« Le lit comme cadre mais je bascule », dessin, 2022

Diplômée en 2022 de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris, ma pratique mélange design textile, avec une sensibilité importante pour la matière, et design du soin. Je m’interroge sur la place du textile dans l’univers médical et comment celui-ci pourrait contribuer à panser des maux en accompagnant le corps et l’esprit de la meilleure des manières.

A la suite de mon mémoire « Sommeil troublant, sommeil troublé: une relation tumultueuse entre les êtres humains et la nuit » écrit en 2021, j’ai eu envie de me pencher plus en profondeur sur le trouble du sommeil dont je suis moi-même atteinte: l’insomnie. Après avoir échangé avec des docteurs et des personnes souffrant de cette pathologie j’ai voulu pour mon diplôme de fin d’études proposer toutes sortes d’objets nocturnes qui viendraient accompagner le sommeil afin de non pas soigner l’insomnie mais permettre de calmer le désordre émotionnel qu’elle fait ressentir. Le projet « Nuit Tactile » représente la réalisation d’un vestiaire de l’insomniaque, conçu en deux parties, qui est là pour répondre aux besoins émotionnels les plus importants (solitude, anxiété, frustration). En proposant des objets textiles sensibles les personnes souffrant d’insomnie peuvent décider de l’organisation de leurs espaces de sommeil afin de retrouver une certaine quiétude et un apaisement nocturne.


Nuit Tactile

« 5h45, cri muet du desespoir. Il est tard ce soir et encore mon corps ne dort pas! Insomnie dans mes bras. »

Des bribes de mes nuits

« Journal intime », édition, 2022

Tout est partie d’une observation simple: je n’arrive plus à dormir. Comment? Pourquoi? Je ne saurais y répondre.

J’aimerais partir du commencement, le moment où l’on entre dans l’insomnie, lorsqu’elle prend forme sous nos yeux et qu’elle vient façonner nos nuits et par conséquent nos ressentis. Cet état de bouleversement physique mais aussi émotionnel doit être mis en lumière. Peu pris au sérieux, le manque de sommeil semble être quelque chose avec lequel nous devons apprendre à vivre. Pourtant, un trouble n’a rien d’un état normal. Il est par définition la représentation de tout ce qui n’est pas limpide, un état de confusion qui témoigne d’un désordre émotionnel. Pour débuter mon projet j’ai d’abord voulu faire un état des lieux de mon insomnie , représenter le trouble qu’elle évoque mais aussi la solitude omniprésente. Par le biais de sculptures et de journaux intimes foisonnant de dessins, d’observations, de poèmes et de photographies j’ai voulu dévoiler mon intimité nocturne, ces nuits sans sommeil où le corps et l’esprit ne s’entendent plus.


Comment, par le biais du textile, pourrait-on s’accompagner en ramenant de la tactilité dans nos espaces de sommeil afin d’en faire un univers intéractif réconfortant ?


Nuit Glacée – Nuit de Solitude

« Il est trois heures trente du matin. Ma nuit est sans lune. Ma nuit a de grands yeux qui regardent fixement une lumière grise filtrer par les fenêtres. Ma nuit pleure et l’oreiller devient humide et froid. Ma nuit est longue et longue et longue et semble toujours s’étirer vers une fin incertaine. Ma nuit me précipite dans ton absence. Je te cherche, je cherche ton corps immense à côté de moi, ton souffle, ton odeur. Ma nuit me répond : vide ; ma nuit me donne froid et solitude. Je cherche un point de contact : ta peau. Ma tête erre, mes pensées vont, viennent et s’écrasent, mon corps ne peut pas comprendre. »

Début de la lettre de Frida Kahlo à Diego Rivera, le 12 septembre 1939

« Berceau », maille poche en laine et coton, rembourrage mousse,80 x 100 cm, modèle: Anna, 2022

Berceau symbolise le pouvoir du câlin, l’épaule sur laquelle se reposer. De par sa forme ronde et son ouverture centrale, il accorde la possibilité de se faufiler à l’intérieur et d’en serrer les extrémités. Utilisable sous différentes positions il permet de trouver celle qui convient le mieux. Sa texture molletonnée offre également une expérience sensorielle cherchant à apaiser le corps et l’esprit.

Quand les nuits sont froides et solitaires Cajolerie permet de se faufiler aux creux des couvertures, littéralement. à cheval entre le pyjama et le plaid elle offre chaleur et réconfort à celle ou celui qui se glisse à l’intérieur. De plus en agissant comme une seconde peau cette couverture ne risque pas de se faire la malle au cours de la nuit, entourant tous les mouvements du corps le sentiment de compagnie en est décuplé.

« Passage », maille pli en laine, rembourrage mousse, 34 x 92,5 cm, modèle: Anna, 2022

Coussin manchette, tunnel molletonné, chemin affectueux. Passage est la représentation de toutes ces appellations. De par son ouverture sur les côtés il vient habiller une partie du corps, pendant la nuit, sur laquelle on peut venir se reposer. Son rythme rembourré laisse la possibilité de disposer et caler sa tête de la meilleure manière.

Carapace symbolise le poids de l’étreinte celle qui réconforte, celle qui rassure, celle qui combat l’anxiété. Grâce à sa taille en bandeau elle peut s’adapter à différentes parties du corps selon l’endroit où l’on ressent le besoin de sentir une présence. Structuré par des petits carrés ferme et moelleux à la fois, son poids est conséquent comparé à ses semblables compagnie et protection.

En pensant des objets qui pourraient habiller le corps et l’espace de sommeil il m’est alors possible de concevoir un lieu chaleureux qui pourrait aider à trouver sa place dans tous ces moments où nous ne savons pas comment se positionner, se rassurer, s’épauler. C’est pourquoi j’ai cherché à penser des objets qui pourraient créer de nouveaux paysages dans nos espaces de sommeil. En jouant avec les matières, les formes, les différents poids, les motifs et les couleurs le lit devient un endroit interactif où l’on se crée son propre cocoon de sureté. En hiver, ce lieu est chaleureux, douillet, tendre, doux, enveloppant, lourd, le but étant de ramener de la chaleur et de la compagnie dans une période où l’on en manque terriblement.

Photo: Mathieu Faluomi

Nuit Ardente – Nuit de Frustration

« Pour que le repos soit possible il faut posséder quelque chose […] les êtres humains ne peuvent se satisfaire de terriers nus. »

Pas dormir, Marie Darrieussecq

« Paysage », impression en fixé lavé sur coton, 140 x 190 cm, modèle: Anna, 2022

Paysage nous fait voyager au coeur de ses draps en désordre ceux que l’on façonne lors des nuits sans sommeil. Avec ce motif de draps entrelacé, emmêlé, mélangé paysage vient créer de nouveaux espaces imaginaires qui ne demandent qu’à être exploré.

De par son microrelief et sa texture aérée Présence représente le petit drap d’été dans lequel on vient trouver refuge.

« Enveloppe », teinture en réactif sur popeline de coton, 140 x 190 cm, 2022

Dans l’impossibilité de dormir sans drap l’été malgré des chaleurs insoutenables Enveloppe permet de profiter de la fraîcheur de la pièce tout en restant sous les couvertures. Sortez une jambe, un bras, les deux ou bien les quatre en toute sérénité.

Ces objets représentent des balles antistress pensées pour être utilisé l’été. En effet, Zzzz, Ronpchi, Rrrr, Groarg ne sont pas recouvert d’une petite couverture, mise à nu nous pouvons alors ressentir la froideur des carreaux qui viendra rafraîchir les nuits chaudes et anxiogènes de l’insomniaque.

Il était alors intéressant de me demander comment apporter de l’apaisement et de la sécurité avec légéreté et fraicheur à travers le textile. Epurer les formes, changer les matières, repenser les textures et créer des ouvertures me permettaient alors d’envisager des accompagnateurs nocturnes aérés où le corps trouve sa place sans se sentir accessible. Le lit devient alors un espace épuré, frais et léger comme la sensation d’un voile sur la peau.

Photo: Mathieu Faluomi

Ces gardiennes du sommeil dévoilent leurs pouvoirs une fois la nuit tombée. Objets décoratifs le jour, vers luisant la nuit ces veilleuses viennent créer un motif rythmé qui délimite l’espace nocturne le rendant moins angoissant et hostile.